J’adore ce nom ! Chavín de Huantar. Ça roule sur la langue. Cette petite ville d’un peu moins de 10 000 habitants se situe de l’autre côté de la Cordillera Blanca par rapport à Huaraz. Chavín est aussi un site archéologique préhispanique qui date de 1200-500 ac.
Un site très intriguant et mystérieux. Non pas une ville, mais un grand centre religieux et cérémoniel à son époque, vers lequel convergeaient nombre de pèlerins, qui parcouraient des centaines, parfois mille kilomètres à pied, venant de la côte ou de la forêt amazonienne jusqu’au cœur de la Cordillera Blanca pour consulter les oracles et les prêtres de Chavín. Ceux-ci étaient considérés comme des humains supérieurs, qui avaient la capacité de communiquer avec les dieux.
Ils entretenaient eux-mêmes ce statut d’êtres humains particuliers en impressionnant et parfois même en terrorisant les pèlerins. Ils se déguisaient avec des dents animales et des serpents et faisaient ingurgiter aux pèlerins une boisson à base de cactus San Pedro, qui les mettait dans un état second et amplifiait leurs sens. Puis, en utilisant les souterrains du site pour amplifier les sons, ils créaient une ambiance très particulière, à la fois terrifiante et fascinante. Ils étaient aussi très doués en prévisions météorologiques, ce qui motivait les pèlerins à venir les consulter.
Après qu’on leur ait raconté l’histoire particulière de Chavín de Huantar, les filles n’étaient pas super enthousiastes à l’idée d’y aller, de se perdre dans les souterrains et de se faire droguer à coup de cactus San Pedro. On les a rassurées : il n’y a aujourd’hui plus personne là-bas qui a l’intention de droguer les visiteurs. Il y a juste quelques gardes et un lama qui à mon avis sert de tondeuse.
Nous sommes arrivés à Chavín vers midi le 7 octobre, par la magnifique route que Nico vous a présentée dans son dernier article. Pas de bol : le site archéologique était fermé le lendemain. Nous avons donc patienté et découvert en partie la petite ville de Chavín, que nous avons trouvée attachante. Au détour d’une balade, nous sommes tombées, les filles et moi, sur un âne, un mulet et un cheval, au grand plaisir des enfants. Nous sommes aussi allés manger sur la magnifique terrasse-jardin du restaurant Buongiorno, dans la rue qui mène au site archéologique.
Chavín n’avait pas l’air touristique du tout pour nous qui sommes arrivés un jour de semaine. Il y a une ambiance très authentique dans les rues. Mais le jour où nous sommes allés visiter le site archéologique était un samedi. Nous sommes entrés dans les ruines pas longtemps après l’ouverture et il y avait déjà pas mal de monde. Par contre, quand nous sommes sortis… il y avait un monde de fou, des dizaines et des dizaines de mètres de file pour entrer dans le site. Tous ces touristes, tous péruviens pour ce qu’on en a vu, viennent pour une seule journée depuis Huaraz, envahissent le site archéologique chaque samedi, vont manger à midi dans les petits restaurants de l’unique rue un peu touristique, reprennent leur minibus vers le musée situé à 2 km du site, font le musée au pas de course et repartent vers Huaraz. Vu la tête des Chaviniens (ou alors Chavignols ?) que nous avons croisés, nous devons être à peu près les seuls à avoir fait ces 2 km à pied. Nous on a trouvé ça chouette d’être de cette manière un peu plus proches du vrai Pérou.
Si vous êtes, comme nous, intrigués d’en savoir plus, nous vous conseillons vivement de regarder le beau reportage d’Arte sur Chavín de Huantar (attention, ce n’est pas trop indiqué pour les jeunes enfants : les reconstitutions sont impressionnantes).
