Aujourd’hui, je n’ai aucune idée de ce qui va sortir de mon clavier. Je l’ai pris en main pour voir.

Il est 13h30 ici à Bogotá. Nous attendons la livraison de notre giga pizza. Pas sûr qu’elle arrivera, car il y a de grosses festivités partout pour l’investiture du nouveau président. Suspense !

Ça me fait tout bizarre de me dire que dans 48 heures exactement, nous débarquons à la gare du Midi à Bruxelles. Notre réalité est ici en Amérique du Sud. Nous nous y sentons chez nous ; nous nous sommes habitués aux bruits, aux odeurs, aux villes, aux gens, à la langue, à changer souvent d’endroits.

L’avion rend les voyages faciles et difficiles en même temps. Difficiles parce qu’on voyage trop vite ; on n’a pas le temps de se faire au changement, de l’intégrer. Si nous avions voyagé en bateau, nous aurions eu trois semaines pour « atterrir » petit à petit. Mais si nous avions voyagé en bateau, nous aurions « perdu » en tout six semaines d’Amérique du Sud. Rien n’est évident.

Il est maintenant 22h20. Nos trois louloutes dorment sur leurs deux oreilles. Mon amie Ariane me demandait tout à l’heure via Signal dans quel état d’esprit nous sommes. Je lui ai répondu que nous ne réalisons pas. Je ne vois pas d’autre réponse. À l’aller non plus, nous ne réalisions pas. Nous avons mis plusieurs mois à intégrer le fait que nous nous trouvions sur un autre continent. Maintenant que c’est bien intégré, on repart dans l’autre sens !

Les bagages sont presque bouclés, la cérémonie d’investiture du nouveau président s’est passée sans encombres, notre pizza est arrivée jusqu’à nous ce midi (l’employé de l’accueil de notre hôtel est allé la chercher pour nous à 500 mètres, en dehors du périmètre de sécurité, car le livreur ne pouvait pas y entrer).

On est sortis faire un tour dans l’après-midi pour sentir l’ambiance. Plusieurs grands écrans étaient installés à différents endroits pour permettre à la population de suivre la cérémonie. Les gens étaient à la fête, portant des drapeaux du pays et scandant « Petro, amigo, quiero estar contigo! » (Petro, l’ami, je veux être avec toi !) Gustavo Petro, c’est le nouveau président. La foule avait l’air tout aussi, si pas plus enthousiaste de la toute jeune (40 ans !) vice-présidente Francia Márquez, qui est afro-colombienne.

« On l’a fait ! » Cette phrase, Nico et moi nous la sommes dite régulièrement pendant le voyage. Au début, pour dire « On est vraiment partis ! ». Au milieu, pour dire « On a déjà voyagé 4 mois ! » ou « On a visité 3 pays différents ! » Et maintenant pour dire : « On a bouclé les dix mois et demi ! » Waouw !

Le retour en Belgique, le retour à une certaine routine ne seront probablement pas faciles tous les jours. J’ai sincèrement peur du rythme de fous qui nous attend et des dizaines de choses « à faire » dans nos vies d’occidentaux surchargés. J’imagine que parfois j’aurai un peu le cafard des ambiances latino tranquiiiiiilo. On s’est déjà dit qu’on cuisinerait des plats d’ici pour se remettre dans l’ambiance.

Notre avion décolle demain lundi 8/8 à 23h55. Donc s’il a 6 minutes de retard, comme nous faisait remarquer Nico ce matin, il décollera après-demain, mardi. Ça va nous faire une nuit pas super reposante, style « nuit dans un bus », où on somnole plus qu’on ne dort.

Dans à peine quelques heures, nous re-changeons de vie pour reprendre l’ancienne. Mais plus tout à fait de la même manière, ni tout à fait avec les mêmes personnes, car le voyage nous a changés. Il nous a enrichis, à l’intérieur. Tous les cinq, nous porterons toujours en nous un petit bout d’Amérique du Sud ; des centaines de visages chaleureux, des paysages magiques et un bouquet de couleurs. ET la conviction ferme que partout sur Terre, dans absolument tous les pays, l’énorme majorité des gens sont adorables.

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